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Rencontre avec Heinz Lichtenegger

Publié le : 03/11/2018 10:55:31
Catégories : Général Rss feed

Heinz Lichtenegger

Le Salon Paris Audio Vidéo Show qui s'est tenu du 19 au 22 octobre a été l'occasion - comme l'année dernière - d'avoir le privilège de rencontrer Heinz Lichtenegger, Fondateur de la marque Pro-Ject et pur visionnaire de notre métier et du monde de la Haute-Fidélité.

Cette année, Heinz nous a fait partager sa vision de la haute-fidélité en général et du vinyle en particulier et quand Monsieur Lichtenegger parle, on l'écoute attentivement...

Sa première idée forte est que nous devons tous (fabricants, importateurs, revendeurs) nous battre pour promouvoir l'écoute de la musique en stéréo. Cela peut sembler une évidence, mais le marché est littéralement inondé d'enceintes "connectées" uniques qui proposent une écoute en mono... ce qui constitue un retour arrière de 70 ans !

La stéréo a été inventée pour donner une impression spatiale à l'écoute de la musique. Dans un trio de Jazz, lorsque la contrebasse est à droite, le pianiste à gauche et la batterie au milieu, en stéréo l'on les localise respectivement à droite, à gauche et au milieu. C'est un élément essentiel de ce que l'on appelle la présence, c'est à dire avoir l'impression que les artistes sont là, devant vous et c'est donc un élément tout aussi essentiel de l'émotion et du plaisir éprouvé. Sans stéréo, l'on n'a aucune géométrie de scène sonore, juste un gros magma où tout est mélangé. Il y eu une époque - avant l'invention de la stéréo - où l’on n’avait pas le choix et où il était malgré tout possible de ressentir du plaisir et de l'émotion mais pourquoi se limiter en 2018 à ce que nos grands-parents écoutaient ? C'est un peu comme abandonner l'automobile pour se déplacer à cheval ou abandonner l'électricité pour revenir à la lampe à pétrole...

Aujourd'hui, ce message que l'écoute en mono est non-seulement possible mais qui est présentée en plus comme un progrès (sous couvert de multiples brevets qui auraient été déposés) n'est ni plus ni moins qu'un retour à l'âge de pierre en matière d'écoute de la musique. Une simple démonstration de quelques minutes suffit pour s'apercevoir immédiatement que non, ce n'est pas un progrès et que c'est tout simplement une aberration. Comment des revendeurs de matériel haute-fidélité peuvent avoir cette démarche complètement schizophrène de proposer des systèmes stéréo et... ces enceintes mono ? Cette vision court terme au nom d'un profit facile est tout simplement suicidaire, pas seulement pour eux-mêmes (cela les regarde) mais pour l'ensemble de la profession et pour le public qui, au-lieu d’être sensibilisé à une certaine qualité, est tout simplement trompé.

Entendons-nous bien, nous n'avons rien contre les enceintes connectées et nous en proposons à nos clients. Mais nous les proposons systématiquement en stéréo, sauf pour des usages très particuliers dans des pièces secondaires. Jamais nous ne proposerons une seule enceinte connectée, aussi bonne soit-elle, pour un système d'écoute principal et c'est notre devoir en tant que défenseurs d'une certaine qualité d'écoute qui permet de ressentir des émotions que seule la musique écoutée dans de bonnes conditions peut offrir.

Sa seconde idée forte est que le retour du vinyle sur le devant de la scène en tant que source dans un système haute-fidélité est à double tranchant et a des effets secondaires contre lesquels nous devons sensibiliser nos clients.

Le premier effet pervers est cette marée de produits bon marché que l'on trouve sur les sites des grands acteurs de la vente en ligne et qui n'ont de platine vinyle que le nom. L'on trouve sur ces sites de véritables cochonneries à moins de 40 €, en pur plastique bas de gamme, dont on se demande comment le diamant pourrait être constitué d'autre chose que d'une pointe métallique et équipées d'une sortie USB permettant de numériser les disques vinyles au format MP3... (au secours !).

Comment une personne ayant acheté ce genre de produit pourrait retirer quoi que ce soit de positif de son expérience d'écoute de disques vinyles ? Cette expérience ne peut être que catastrophique et contre-productive en donnant une très mauvaise image de ce support qui a pourtant de réelles qualités qui ont motivées son retour en grâce.

Car, en effet, le support vinyle a des qualités que l'on ne retrouve pas tout à fait dans les formats numériques. Il ne s'agit pas d'une espèce de nostalgie passéiste qui serait comparable à la défense de l'écoute en mono évoquée plus haut. Le vinyle, lorsqu'il est bien mis en oeuvre, est un support qui propose une dynamique, un respect des timbres et un sentiment de présence supérieur au numérique. Le gros avantage du vinyle – et c’est ce que défend Heinz Lichtenegger depuis plus de 30 ans – est qu’un très bon résultat est possible sans dépenser autant qu’avec d’autres sources. En revanche, la qualité du vinyle n'est accessible que moyennant certaines conditions.

Tout d'abord, la platine doit être de qualité. De qualité ne veut pas forcément dire cher, Pro-Ject l'a démontré depuis presque 30 ans, mais une bonne platine ne peut pas coûter 40 €, au même titre qu'un bon ampli, un bon lecteur de CD ou de bonnes enceintes ne peuvent pas coûter 40 €. Pour lire correctement les informations contenues dans le sillon du disque, il faut un diamant de qualité qui sera intégré dans une cellule de qualité, laquelle sera fixée à un bras le plus inerte possible, lui-même fixé à un châssis également le plus inerte possible et surtout, isolant la cellule des vibrations extérieures. Ces points sont absolument déterminants dans le résultat final si l'on ne veut pas que la musique ne soit lue que partiellement par un diamant grossier, soit polluée par des bruits de surface ou des vibrations extérieures. Il existe d'excellentes platines d’entrée de gamme qui remplissent parfaitement ce rôle sans dépenser des fortunes.

L'autre point capital est la nature du disque lui-même. Il doit être en bon état et ne pas croustiller comme une vieille biscotte, c'est une évidence, mais la nature même de l'enregistrement (analogique ou numérique) est très importante, la qualité de l'enregistrement évidemment aussi (tout comme pour les CD) mais également la qualité du pressage, encore beaucoup plus importante que pour les CD.

En conclusion, oui le vinyle est une source tout à fait d'actualité mais pas n'importe comment. Nous devons absolument démontrer que cette source a de solides arguments et éviter des expériences décevantes de nos clients qui se laisseraient tenter par des solutions bas de gamme ou par des re-pressages de mauvaise qualité comme il en fleurit dans de grandes enseignes qui ne se soucient plus que de volume de vente, quelle que soit la qualité de ce qu'ils vendent...

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